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Photographie Abstraite

Photographie

La photo abstraite

Peinture, collage, photographie … le mot abstrait est toujours aussi populaire au-près du publique près de deux décennies après avoir chamboulé la scène picturale européenne et américaine. Il vient souvent qualifier un art sans donner pour autant un aperçu de ce à quoi on peut s’attendre une fois devant. Et pour cause, l’Abstrait, regroupe en son sein plusieurs courants d’expression, dont le but est de créer une rupture avec les arts traditionalistes. S’éloignant du registre figurativo-mimétique tant aimé des académiciens, l’abstrait repousse les limites du visible et du tangible pour amener vers de nouvelles sphères d’appréhension. C’est une question de suggestion, un état d’esprit, une vision incompréhensible mais pleine de sens qui se décline sur divers médium et grâce à divers techniques.

Grand courant du 20e siècle, l’abstrait gagne en ampleur principalement par le biais de grands noms tels que Kandinsky ou Delauney dont le succès sera incontestable auprès du public. Mais contrairement à la peinture, la photographie elle peine a se frayer un chemin dans ce registre qui pourtant ne cesse de créer l’engouement. Retour sur une pratique fondamentalement encrée dans l’histoire de photographique encore trop peu mis en lumière.

Naissance du cliché abstrait

Que ce soit la rupture picturale du 20e siècle, avec l’émergence du modernisme, ou les grandes inventions scientifiques, toutes deux implantent de nouvelles images et de nouvelles possibilités à venir dans les esprits de tous. L’effervescence futuristique gagne la communauté scientifique et leurs inventions ne manquent pas d’inspirer pléthore de photographes.

Photographie abstraite

La mécanique quantique, les rayons X ou les observations au microscope ne sont que quelques exemples des nouvelles images qui viennent bouleverser la vision déjà établi du monde par le consensus scientifique. De nouveaux champs de possibilités s’ouvrent aux yeux de tous. Divers procédés de distorsion optiques voient le jour, plus ingénieux les un que les autres, ils se composent de miroirs et de matériaux réfléchissants aux géométries variables, de filtres colorés et translucides, de métaux souples et modulables, des accessoires qui transforment tout bonnement la pratique même de la prise de vue. La recherche photographique se complexifie et s’enrichie de ces expérimentations qui tordent et décomposent la lumière.

Même si donner une paternité ou maternité à la photographie abstraite serait chose complexe, elle doit sa reconnaissance entre autre au célèbre galeriste New-yorkais Alfred Stiglitz qui, lui même photographe,  associa pour la première fois dans sa galerie peinture et photographie contemporaines au début du 20e siècle. Il expose ainsi des sélections d’oeuvres associées dont la forte ressemblance pouvait mener les visiteurs à confusion, ne dissociant plus peinture de photographie.

Le sujet : manifestation du libre cours

Fini les représentations de la nature dans sa grandeur et splendeur de toujours, la photographie ne veut plus être cantonnée à son rôle d’archiviste. C’est le début de l’ère de l’expérimentation. On change de cadrage, on se met au creux des objets photographiés et on ose détourner enfin l’appareil à des fins personnels et non plus commerciaux.
C’est une plongée dans autant de milieux uniques qu’il n’y a de photographes. Les clichés sont volontairement dénaturés pour laisser libre cours à l’imagination et à son développement. La photographie abstraite mise sur l’interprétation. Tout objet capturé sous un certain angle ou noyé dans une lumière franche devient incompréhensible au premier coup d’œil. C’est là que réside l’essence même des clichés abstraits, le secret étant de jouer avec les angles et les lumières pour créer un élément différent à partir d’un premier devenu méconnaissable. On sublime des textures, des couleurs et des lignes, et la photographie devient un jeu de piste pour notre subconscient.

« Ce n’est pas parce qu’on photographie le réel qu’on montre la réalité.» »

A la recherche d’Alice – Sophie Bassignac

Un sujet ? Très peu pour l’abstrait. Au contraire, il s’empare d’un sujet pour en extraire un tout autre. Tourné vers l’émotion et l’évasion, le sujet est réduit au rang de distraction optique qui risque de déranger le regard, ce qui pourrait avoir pour effet d’empêcher cette évasion tant désirée. Le sujet doit être gommé ou mieux éliminé. Expérimentation, distorsion et confusion, que ce soit le vorticisme, le schadoisme ou le rayonnisme, ces divers courants ont eu pour point commun de vouloir réveiller l’imaginaire de tout un chacun dans son unicité.

Un exemple pour mieux s’y retrouver ?

Faites place à la confusion avec cette courte sélection d’oeuvres abstraits:

Les Abstractions de Strand s’organisait en trois directions : abstraction, paysages urbains et portrait – P. Strand, entretien avec W. Brown et Rosenblum

Paul Strand était un grand adepte de la « Straight Photography », pratique que l’on pourrait traduire par photographie pure. Cette approche le conduit a photographier des séries de lieux et d’objets ordinaires de façon méconnaissable. Il appela sa série Abstraction en 1915.

Les photogrammes de Moholy-Nagy ont été réalisés entre 1922 et 1943 et forment un ensemble d’environ 430 pièces, réparties entre musées et collections privées.

Laszlo Moholy-Nagy était un peintre, intellectuel et professeur au Bauhaus. Il a été initié à la photographie grâce à sa femme Lucia Moholy, avec laquelle il révolutionnera la pratique photographique. Le couple capture des emblèmes de la vie moderne de manière brutale et contrastée.

Nous ne sommes ni dans l’espace ni dans vingt milieux sous les mers, mais bien dans un embryon. Dans Frozen Embryo, une série de photographies réalisée entre 1998-99 par l’artiste Hans Danuser, nous avons l’occasion inespérée de voir l’invisible. L’artiste met en scène puis photographie, grâce à l’aide de chercheurs, des embryons artificiellement créés et congelés dans des blocs de glace. Danuser détourne l’usage primaire du microscope pour capturer des scènes envoutantes aux tonalités monochromatiques. Il va au-delà du corps et de la science en observant se désagréger ces embryons qui donnent lieux a des paysages époustouflants.

photographie abstraite

L’artiste Maya Rochat mélange peinture, photographie et projection de manière mixte pour exprimer des sentiments abstraits qui lui sont propre. Dans la série intitulée A rock is a River, réalisée en 2017, l’artiste exploite le sentiments de frustration qu’elle ressent face aux limites de l’art. Des photographies sont plaquées sur tout types de médiums réfléchissants, imprimée sur du plastique transparent ou sur du métal pour un rendu visuel nouveau. Maya Rochat se joue des couches de couleurs et de textures pour créer des ensembles harmonieux aux détails fondus.

D’autres points de vue

Suivre le ligne - Souvenir de lui salit photographie

Si la photographie abstraite vous intrigue, voici de quoi vous délecter. Lien

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Pour approfondir le sujet, nous vous conseillons de consulter ces quelques références :

Tate Exhibition Guide: Shape of Light – Lien
Sous microscope, l’œuvre se dévoile par Iglika Christova – Article
Le travail de l’artiste Maya Rochat – Lien