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La petite histoire : Mannequin d’artiste

Mannequin d’artiste

La petite histoire

Présent dans la plupart des ateliers et des écoles d’art, le mannequin d’artiste, souvent désigné sous le nom de mannequin de bois ou encore plus récemment mannequin O’Cédar, en référence à la célèbre marque de cire pour parquet, accompagne les peintres et les sculpteurs depuis des siècles. Retour sur un objet emprunté ayant servi la création artistique pour finalement redevenir sujet à part entière.

Tallas da vestir

mannequin tallas da vestir

Les premières figurines utilisés par les artistes ( en cours d’art plastique ) ne leurs sont pas destinées à l’origine (aux artistes), en effet il s’agit bien souvent de petits personnages, datés du XVème siècle et conçus à des fins religieuses ou rituelles. Ces « Tallas ou Sculture da vestir » étaient généralement constitué d’une âme en bois, recouverte de papier mâché ou encore de stuc, dotés d’articulations sommaires permettant de les vêtir, et qui étaient généralement parés de bijoux durant les grandes fêtes religieuses.Au XVIeme siècles apparaissent les premières figures de bois articulés, principalement en Allemagne et en Autriche. Nommées Gliederpuppen, littéralement « poupées articulées », ces mannequins d’artistes sont habillements réalisés. Là encore, leur usage n’est pas exclusivement réservé aux artistes, de par la finesse de leurs traits et la précision de leurs articulations composées d’une système interne de crochets reliés par ficelles, ils sont également exposés dans les cabinets de curiosités de l’époque, appelés Kunstkammern. 

A la fin du XVIIIeme siècle, Paris s’impose en Europe comme le lieu principal de fabrication des « mannequins perfectionnés ». Souvent grandeur nature, ces alter egos répondent à des exigences toujours plus poussées. Leur squelette interne doit pouvoir imiter la souplesse du corps humain, et leur aspect extérieur doit reproduire au mieux la couleur, l’aspect et la texture de la peau humaine. Sujets de nombreux brevets, ces effigies font la renommée de leurs créateurs et les entreprises de production se livrent une compétition acharnée. 

Ce n’est que dans les dernières années du XIXeme que les innovations techniques rendirent possible la production de mannequin à la chaine, conduisant malheureusement à un appauvrissement des modèles, uniformisé il perd de sa souplesse, mais permit leurs démocratisations dans nos ateliers et salles de classes.

Mannequin sujet

Parallèlement à ce développement, à partir du milieu du XVIIIeme, le mannequin articulé devient sujet à part entière. 

mannequin d'artiste

A travers les exercices d’études des grandes écoles d’art européennes, mais également au sein même de la peinture, à l’instar de la toile de Thomas Gainsborough, intitulée Heneage Lloyd et sa sœur Lucy, daté de 1750, où, si les modèles sont habillés et apprêtés comme des humains, leur posture ne laisse aucun doute sur leur nature de modèle inanimé. Le petit homme sera même immortalisé vers 1922 par Kokoschka dans son autoportrait au chevalet. Si cette fois celui-ci n’est pas au centre de l’œuvre, il n’en demeure pas moins l’interlocuteur privilégié avec lequel le peintre s’entretient. Cette simple poupée prend ainsi le caractère de fétiche, représentation de la femme selon son auteur, dénudée le mannequin se charge de significations érotiques. Sa couleur de peau venant humaniser le petit personnage.

On retrouve également notre mannequin dans l’objectif de Man Ray. Que ce soit le mannequin articulé, de couture ou de mode, l’auteur n’à de cesse que de le mettre en scène dans Lydia et les mannequins par exemple. Ce cliché pris de 1932 immortalise les mannequins, qui, placés au premier plan, s’étreignent, le visage de Lydia placé en second plan contrastant avec l’humanité manifeste des sculptures. Seule et les yeux clos, la jeune fille devient un simple masque disposé sur une table. 

Ca me dit quelque chose !

Une fois n’est pas coutume, la rédaction vous propose une œuvre lié à la thématique, cette fois il s’agit d’une photographie par Maxime Anthony, que nous vous invitons à découvrir . LIEN

Creuser le sujet

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Pour approfondir le sujet, nous vous conseillons vivement le dossier du musée Bourdelle consacré son ancienne exposition intitulée Mannequin d’Artiste, Mannequin Fétiche. 

INA

Carnet du musée Bourdelle