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La banalité ou l’art du quotidien

Photographie

La banalité ou l’art du quotidien

Il se peut que vous ayez croisé le chemin d’objets qu’on qualifie de « sans qualités” lors d’une exposition ou d’un vernissage, peut-être avez-vous eu l’occasion de reconnaître les chaussures de Van Gogh dans un coin de musée, ou encore vous êtes-vous déjà accoudé face a l’une des multiples boites de soupe Campbell.

Eh oui, les petits détails de la vie quotidienne ne manquent pas d’inspirer peintres, sculpteurs et photographes tout en interrogeant le regard du spectateur. Si l’art, de manière général désigne la recherche du beau, il y a des courants dont la pratique vient s’opposer a cette définition et complexifier notre conception de ce que sont les arts. C’est pour nous l’occasion de partir a la découverte de cette pratique qui ne cesse de se réinventer.

L’épreuve du banal

Au début des années 1980, des épreuves d’un nouveau genre déferlent sur le milieu artistique. Outillages et objets du quotidien se mettent en scène en haut lieu. Les peaux malmenées sont à l’honneur et bien des clichés de vie, d’apparence anodins, s’exposent désormais dans les galeries et musées.

Art du banal Paradeis

On observe un changement dans la pratique photographique, on ose désormais sortir au grand jour ce qui avant était tendrement caché : l’ordinaire, le banal et le vulgaire. Un groupe disparate d’artiste s’attelle a ériger un monument à la gloire du quotidien. On brandit avec aisance mais modestie des images d’objets « sans qualité » , c’est à dire des objets auxquels on accorde que peu d’importance et qui pourtant nous sont primordiaux. On exhibe sans gène la vie intime, dans le but de glorifier la singularité de chacun, et on assiste en définitive à un rejet de la pratique photographique créative et publicitaire qui occupe une place centrale depuis les années 1950.

Les images lisses aux compositions figuratives et rêvées sont prohibées. Fini les divagations esthétiques, ce genre photographique veut véhiculer une autre image de la perfection.

Le nouvel esthète

Représenter le monde tel qu’il est, telle sera la devise de ce mouvement. Ces artistes d’un nouveau mettent en scène dans un premier temps leurs intimité, car c’est là que nait toute idée, belle ou désagréable. Rien n’importe plus que la beauté de cette naissance. Cet art illégitime, longtemps traité d’  « image pauvre » et souvent réduit à de la photographie éditoriale, est selon André Rouillé, théoricien de la photographie moderne, une critique violente de la société de consommation. Selon celui qui aida grandement à conceptualiser ce pan photographique, le banal vient contrecarrer visuellement l’ « authenticité » promue depuis le milieu du 20é siècle par les publicitaires et les institutions financières, qui, pour imposer un certain consumérisme au publique, créent des mythes contemporains pour rassurer l’homme dans son quotidien. On fait l’éloge de nouveautés et de nouvelles façons de se vivre, ce qui va par définition à l’encontre même du concept d’authenticité.

« Un art qui défend les valeurs humaines de la vie, contre la prédominance de l’abstrait, du factice, du virtuel »

André Rouillé, Esthétique de l’ordinaire

Une certaine écriture

L’ordinaire, le banal, le familier … il n’y a rien de plus réel, de plus fondamental et de plus authentique que cela. Mais comment transmettre cette émotion si particulière ? Comment mettre en valeur la simplicité du quotidien ? Comment révéler la véritable authenticité des choses ?

Art du banal Mogarra

Si certains photographes optent pour un rejet franc de la de mise en scène, évitant ainsi le sensationnalisme, d’autres choisissent au contraire de scénariser des instants choisis. Même si cela va de soir, il faut noter que traiter du banal ne signifie aucunement « traiter de manière banale » le sujet de sa photographie.
Assimilé à un Art de confinement et de repli sur soi, la simplicité des ustensiles de ménage de Goria, les paysages de Mogarra  ou à contrario La menace très théâtralisée de Paradeis, transcendent de par leurs universalité tout en nous renvoyant vers un lieu clos. Chacun de ces artistes aura sut s’approprier la beauté du quotidien, dans son instantanéité ou dans sa complexité, de par un choix d’écriture unique mais ayant pour similitude toutefois de n’être ni triste, ni joyeux, ni sublimée.

Le sujet reste modeste, le champs ouvert, le cadrage et les couleurs neutres, cela donne un certain sentiment de perdition temporelle et spatiale.  La pratique se veut brute et brutale à l’image du monde, mais belle en son fondement. Tout l’art du banal réside en cette retranscription neutre d’un instant ou d’un geste anodin, qui en définitive est lourd de sens.

D’autres points de vue

Suivre le ligne - Souvenir de lui salit photographie

Si la photographie du banal vous intrigue, voici de quoi vous délecter. Lien

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Pour approfondir le sujet, nous vous conseillons de consulter ces quelques références :

Expo Paradeis – Article
La Transfiguration du banal, Une philosophie de l’art Arthur Danto aux éditions Essais, 2019

Julie Paillard. La ”photo ordinaire” : récit des banalités quotidiennes sur les réseaux sociaux en ligne. Analyse des usages photographiques sur Instagram. Sciences de l’information et de la communication. 2014. dumas-01064899